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LES LIVRES D’ARCHITECTURE
Notice détaillée
| Auteur(s) |
Le Muet, Pierre |
| Titre |
Regles des cinq ordres d’architecture de Vignolle reveuee
(sic) augmentees et reduites de grand en petit.... |
| Adresse |
Paris, M. Tavernier, 1631-1632 |
| Localisation |
Paris, Bensba, Les 916 |
| Mots matière |
Ordres, Portes |
English
Grâce
à son format de poche, le « petit Vignole français
» de Le Muet, publié en 1632, a joué un rôle
notable dans l'extraordinaire fortune internationale de la Regola
de Vignole (514 éditions, de l'editio princeps en 1562,
à nos jours). Même si certains trouvent plus beaux les
proportions et les profils proposés par Palladio, auxquels Le
Muet lui-même se rallie en traduisant en 1645 son premier livre
des ordres, la « règle générale » de
Vignole s'impose comme la plus facile à suivre, comme le souligne
François Blondel en annotant en 1673 la bibliographie architecturale
donnée par Louis Savot dans son Architecture française
des bâtiments particuliers (p. 346, note a). On peut distinguer
deux éditions françaises, la première à
Paris chez Melchior Tavernier en 1632, la seconde chez un éditeur
anonyme en 1657 ; chacune a connu plusieurs tirages, la première
servant en outre de modèles aux traductions hollandaises (Amsterdam,
Louis Elzévier, 1638), allemandes (Amsterdam, Cornelis Dankersz,
1651) et anglaises (Joseph Moxon, Londres, 1655). Si le frontispice
gravé par Michel Lasne, qui signe ML, porte la date 1631, la
première édition paraît en 1632, date du privilège,
chez Melchior Tavernier, qui a déjà publié en 1623
la première édition de la Manière de bâtir
pour toutes sortes de personnes par Pierre Le Muet. Le texte et
les planches gravées au burin sont paginés en continu
en haut dans l’angle, à partir de la page 2 à la
page 101 : les pages paires sont occupées par le texte ou laissées
vides, les pages impaires sont occupées par les planches numérotées
de I à L (la vingt-troisième planche porte par erreur
XXIIV). Après l'avis au lecteur et la dédicace
à M. de La Vrillière, alors surintendant des finances,
signée par Le Muet (p. 1), le volume donne la traduction de la
règle générale des cinq ordres de Vignole : texte
à gauche, planches à droite numérotées I-XXXVI
(p. 2-73). La traduction est empruntée littéralement,
à quelques retouches près (notamment pp. 8, 34, 56, 58),
à l'édition polyglotte publiée la première
fois à Amsterdam en 1617), qui servit également de base
à l’édition française in-folio publiée
à Paris par Pierre Firens avant 1638 (B.n.F., V 1954).
Les trente-six
premières planches, que commente le texte, reprennent le matériel
graphique de la Règle de Vignole, avec les ajustements
que rend nécessaires le petit format. Suivent quatorze planches
de portes, numérotées XXXVII à L (p. 74-101), qui
constituent une adaptation francisée des planches supplémentaires
venues progressivement, de 1562 à 1610, s'ajouter au noyau primitif
de l' editio princeps de la Regola. La première
planche (p. 74-75 ; pl. XXXVII) est accompagnée d'un commentaire
qui ne l'identifie pas, mais, grâce à Henri Sauval (Histoires
et recherches de la ville de Paris, Parois, 1724, t. II, p. 198),
on peut y reconnaître la porte de l'hôtel parisien de Bénigme
Bernard, dessinée en 1614 par Salomon de Brosse, qui s'est inspiré
de la porte inférieure du palais de Caprarola, qui figure dans
les éditions italiennes de la Regola : « Salomon de Brosse,
l'architecte du portail de Saint-Gervais et du palais d'Orléans,
l'a élevé dans la face de cette maison rue Coquillière
et, de plus, n'y a rien ajouté du sien qu'un grand fronton rond,
garni d'un cartouche dans le milieu, qui ne se voit point dans celui
que Vignole a dessiné et mis en lumière, mais qui se voit
dans celui du Vignole français in-8° de la traduction de
Pierre le Muet ». Des quatre autres planches du premier supplément
à la Regola, Le Muet écarte la porte de Saint-Laurent
de Damas et la cheminée du palais Farnèse, qui figurent
dans l'édition hollandaise de 1617, pour retenir la porte principale
du château de Caprarola et la porte de la Chancellerie : «
Porte de l’edifice de Reverendissime et Illustrissime Cardinal
Farnese a Caprarole » (p. 76-77, pl. XXXVIII), et « Porte
desseignee au service de l’illustrissime & Reverendissime
Cardinal Farnese pour l’entree principale du Palais de la Chancelerie
» (p. 78-79, pl. XXXIX). De même des sept nouvelles planches,
« Nuova e ultima aggiunta », de l'édition
romaine de 1610, reprises dans l'édition hollandaise de 1617,
Le Muet n'en retient que deux : la « Porte du Jardin du tres-illustre
et tres-excellent Seigneur le Duc Sforce » (p. 80-81, pl. XL)
et la « Porte de la Vigne du Reverendissime Patriarche Grimani
a la Strade Pie » (p. 82-83, pl. XLI), introduisant par contre
neuf compositions de portes, sans aucune légende, vraisemblablement
de son invention (p. 85-101 ; pl. XLII-L).
Le 12 février
1644, les planches de cuivre originales sont rachetées à
Melchior Tavernier, par Pierre I Mariette (vers 1603-1657). Peu après,
sans changer les dates qui figurent sur le frontispice (1631) et le
titre (1632), ce dernier opère un tirage, où figurent
toujours les dates 1631 et 1632 de l'édition originale, en substituant
seulement son nom et son adresse, chez Pierre Mariette, rue St Jacques/
à l'Espérance (B. Sorbonne, R 1427 in-12° [ex
SA a 12, 12°] ; Walcher-Casotti, n° 27 et 28). Les planches
originales qui ont dû passer en 1657, à la mort de Pierre
I, entre les mains de Pierre II Mariette, doivent échoir en 1664,
lors du partage qui suit le décès de son épouse
Madeleine de Collemont, à son beau-fils Nicolas Langlois, puisque
celui-ci en fait sous son nom un nouveau tirage, le troisième
: chez Nicolas Langlois, rue Saint-Jacques,/ à la Victoire
au coing de la/ rue de la Parcheminerie (B. Doucet, 12° K°
233, avec un ex-libris « de Rigauville Le François, 1671
», ce qui donne un terminus ante quem (B.n.F. 22.0006
; Walcher-Casotti, n° 55). La dédicace à La Vrillière,
qui n'a plus d'objet, est remplacée par une planche nouvelle
montrant les cinq ordres côte à côte, avec une légende
(« ayant à traiter des cinq ordres d'architecture, il m'a
semblé à propos de représenter ici (...) les cinq
ordres en particulier »).
En 1657,
paraît une seconde édition, portant seulement la mention
« Jouxte la copie imprimée/ A Paris,/ M.DCL.VII »
(B.n.F., V 22.005 ; Walcher-Casotti, n° 53), dont on connaît
un second tirage en 1658, qui ne diffère que par la date «
MDCLVIII » (Fowler, n° 365), et un troisième
en 1684, qui, outre la nouvelle date « MDCLXXXV »,
porte la mention « ce vend à Lyon, chez F. Demasso,
rue Mercière, à la juste Paix » (Aix-en Provence,
Bibliothèque Méjanes, G 2612). Bien qu'elle ressemble
fort à la première, toutes les planches sont neuves :
le frontispice, signé V. Guigou, est une copie inversée
du frontispice original de Michel Lasne ; le texte, y compris la dédicace
à La Vrillière maintenue, a été recomposé,
et les figures sont des copies légèrement réduites
de celles de l'édition originale (dans l'édition de 1632,
l'échelle de 12 pieds de la planche 99 mesure 54 mm, mais seulement
52 mn dans l'édition de 1657). Bien que cette nouvelle édition
soit prétendument corrigée « de plusieurs fautes
considerables/ qui s'estoient glissées dans les/ precedentes
Impressions », d'autres erreurs et omissions apparaissent dans
les légendes des planches, qui s'organisent de la même
manière. La seule différence notable est l'introduction
d'une nouvelle planche sur les colonnes torses (p. 102). Comme le suggère
la simple mention « jouxte la copie imprimée à
Paris », cette édition sans privilège et sans
nom d'éditeur est une contrefaçon provinciale, sans doute
lyonnaise comme le suggère le troisième tirage : elle
est vraisemblablement engagée à l'expiration du privilège
de vingt cinq ans obtenu par Tavernier et avant que Pierre II Mariette
n’en obtienne le renouvellement le 8 novembre 1657, privilège
qu’il n’utilise en fait qu'en 1665 pour une toute nouvelle
édition, avec une nouvelle traduction par B. Menestrier et de
nouvelles planches (Walcher-Casotti n° 63 et 68), qui vient concurrencer
le troisième tirage des planches originales de 1632, opéré
par son beau-fils François Langlois sans doute à partir
de la même date. Cette nouvelle édition de la Règle
de Vignole, comme celle que donne François Jollain avec le concours
de Jean Le Pautre en 1671 (Fowler n°372 ; Walcher-Casotti, n°
76-77), n' a plus de lien direct avec le petit Vignole de Le Muet, et
vingt ans après, ces éditions seront éclipsées
à leur tour par la nouvelle édition in-quarto, qui constitue
le cœur du Cours d'architecture d'Augustin-Charles d'Aviler
(Paris, 1691 ; rééd., Montpellier, éd. de l'Esperou,
2003).
Parallèlement,
le « petit Vignole français » de Le Muet est, avant
le Cours d’architecture de d’Aviler et ses traductions,
l’un des plus importants vecteurs de la fortune internationale
de la Regola de Vignole, en servant de base à multiples
éditions in-8° : hollandaises (Amsterdam, chez Louis Elzévier,
1638, et chez Dancker Danckersz, 1650 et 1664), allemandes (Amsterdam,
chez Cornelis Dankersz, 1651 ; Nuremberg, chez J. Hofmann, 1675, 1687,
1694, et chez J. Zieger et G. Lehmans, 1699 ; Augsbourg, chez Wolff,
vers 1700, 1705, 1710, 1717 ; Nuremberg, chez Johann-Friedrich Rüdiger,
1739) et anglaises (Londres, chez Joseph Moxon, 1655, 1665, 1673, 1692
; et encore 1702, 1703, 1729).
Claude Mignot (Université de Paris-IV, Centre
André Chastel) – 2004
Notice révisée 2008
Bibliographie critique
F. Lemerle, « Les versions françaises de la Regola
de Vignole au XVIIe siècle », In Monte Artium (Journal of the Royal Library of Belgium),
1, 2008, p. 101-120.
C. Mignot, Pierre Le Muet, architecte (1591-1669), Thèse
de doctorat, Paris-Sorbonne, 1991 (éd. microfichée, Université
de Lille 3).
C. Mignot, « Vignola e vignolismo nel Sei e Settecento »,
C. L. Frommel, M. Ricci & R. J. Tuttle (éd.), Vignola e I Farnese, Milan, Electa, 2003, p. 354-374.
M. Walcher Casotti, « Giacomo Barozzi da Vignola : Regola delli
cinque ordini d’architettura », E. Bassi (éd.), Pietro Cataneo, Giacomo
Barozzi da Vignola : trattati, Milan,
il Polifilo, 1985, p. 499-577.
Notice
Règles des cinq ordres d’architecture de Vignolle / Reveuee,
augmentées et réduites de grand en petit par Le Muet.
- A Paris : chez Melchior Tavernier, graveur et imprimeur du Roy pour
les tailles douces, 1632. - In-8 , [4]-101 p. dont XLI pl. avec texte
en regard, caractères italiques, frontispice gravé.
Le frontispice porte : « Reigles des cinq ordres d’architecture
de Vignolle... 1631 ».
Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, Service
des collections, LES 916.
* Notes :
- Reliure de parchemin tachée, avec trace d’un écu
doré sur le plat supérieur.
- Legs de l’architecte Joseph Le Soufaché à l’École
des Beaux-Arts, 1890.
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