LES LIVRES D’ARCHITECTURE

Notice détaillée

Auteur(s) De l’Orme, Philibert
Titre Nouvelles inventions pour bien bastir...
Adresse Paris, F. Morel, 1561
Localisation Paris, Ensba, Masson 643
Mots matière Charpenterie

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     Les Nouvelles inventions pour bien bastir et a petits frais sont le premier ouvrage publié par Philibert De l’Orme, en 1561. La mort de Henri II, en 1559, avait été pour l’architecte une catastrophe. Entre autres mésaventures, il avait perdu la plupart de ses responsabilités dans les chantiers royaux, supplanté par le Primatice, mais il y gagna sans doute les loisirs qui lui permirent de commencer la rédaction d’un vaste traité, qu’il entendait consacrer à l’ensemble des parties de l’architecture. Les Nouvelles inventions ne sont qu’une partie de cet ouvrage, que l’auteur dit publier à la demande pressante de ses amis, mais dont il affirme à plusieurs reprises qu’elles doivent prendre place dans une Architecture dont le premier tome fut publié en 1567.
« Il y a bien du bon dans le livre de Philibert de Lorme, particulièrement lorsqu’il parle du trait pour la coupe des pierres, et de sa nouvelle manière de bâtir à peu de frais », écrit François Blondel en 1673 dans ses notes à l’Architecture françoise des bastiments particuliers de Louis Savot. La réputation de l’architecte s’était de fait maintenue essentiellement pour sa pertinence technique : Philibert fut parmi les tout premiers auteurs de traités à s’intéresser longuement aux aspects matériels de la construction. C’est l’effet d’un point de vue tout personnel sur l’architecture, mais c’est aussi une façon de se démarquer ouvertement de la trattatistica italienne contemporaine.
De l’Orme traite ici de l’utilisation du bois, sans pour autant rédiger un livre de charpenterie. Son propos est à la fois plus limité et plus original : il s’agit de présenter une technique nouvelle consistant à remplacer poutres et solives par des assemblages de petites pièces de bois réunies dans des structures portantes, toitures ou planchers, à la manière des pierres dans une voûte. Cette invention, dont Philibert revendique avec fierté la paternité, présente selon lui tous les avantages : pallier la rareté des grands arbres, dégager les combles en éliminant tous les éléments traditionnels qui occupent l’espace dans les charpentes habituelles, faciliter l’entretien car il est plus aisé et moins coûteux de remplacer un petit élément défaillant que de refaire toute une toiture, ce qui accroît la longévité de l’édifice. En outre, ce système d’assemblage fondé sur l’addition de pièces standardisées permet selon l’auteur de couvrir des portées inimaginables avec les procédés ordinaires limités par la taille des poutres. Ainsi De l’Orme évoque-t-il la possibilité de jeter de grands ponts d’une seule arche longue de près de 400 mètres ! Il présente des projets prodigieux, une grande « basilique » royale ou un couvent pour les religieuses de Montmartre, qui anticipent les grandes réalisations de l’époque contemporaine. Il ne s’agit pourtant pas d’utopie. L’architecte fait allusion à plusieurs bâtiments qu’il a couverts grâce à sa technique dans les chantiers royaux, à Anet, à Fontainebleau, à La Muette à Saint-Germain. Tous ont aujourd’hui disparu ; mais la « charpente à la Philibert De l’Orme » n’en a pas moins connu un réel succès, en France, en Europe, voire aux Etats-Unis. Cette fortune souligne l’intérêt des Nouvelles inventions, qui furent de fait le premier véritable traité technique publié à la Renaissance. Elles furent reprises dans les éditions « complètes » de l’Architecture, où elles forment les livres X et XI, apportant à l’ouvrage sa conclusion.

Yves Pauwels (Cesr, Tours) - 2005

Bibliographie critique

A. Blunt, Philibert de l’Orme, Paris, Julliard, 1963.

J. M. Bryan, « Le développement de la charpente à la Philibert De L’Orme aux États-Unis », Le bois dans l’architecture, Paris, Direction du Patrimoine, 1995, p. 107-111.

M. Morresi, « Philibert de l’Orme. Le patrie della lingua », in à A. Blunt, Philibert de l’Orme, Milan, Electa, 1997, p. 159-193.

J.-M. Pérouse de Montclos, L’architecture à la française. Du milieu du XVe siècle à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Picard, 2011 (1ère éd. : Paris, 1982).

J.-M. Pérouse de Montclos, Introduction à Philibert De l’Orme, Traités d’architecture, Paris, Laget, 1988, p. 43-44.

J.-M. Pérouse de Montclos, « Les éditions des traités de Philibert De L’Orme au XVIIe siècle », J. Guillaume (éd.), Les traités d’architecture à la Renaissance, Paris, Picard, 1988, p. 355-366.

J.-M. Pérouse de Montclos, « La charpente à la Philibert De l’Orme. Réflexions sur la fortune des techniques en architecture (XVIe-XVIIe siècles) », J. Guillaume (éd.), Les chantiers à la Renaissance, Paris, Picard, 1991, p. 27-50.

J.-M. Pérouse de Montclos, Philibert De l’Orme Architecte du roi (1514-1570), Paris, Mengès, 2000.

 

Notice

Nouvelles inventions pour bien bastir et à petits fraiz, trouvées n’a guères par Philibert de l’Orme Lyonnois, architecte, conseiller & aulmonier ordinaire du feu Roy Henry, & abbé de S. Eloy lez Noyon. - Paris : De l’imprimerie de Federic (sic) Morel, rue S. Iean de Beauuais au franc Meurier, 1561.
- In-fol., [VI]-61 ff. : pl. et fig. gravées sur bois ; sign. A-K6 L4 M4 ; 32,7 x 23,3 cm.
Berlin Katalog 2532 ; Fowler 98 ; Harvard Cat., I, 354 ; RIBA 1954.
Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, Masson 643.
*Notes :
- Reliure de parchemin à dos long et nerfs apparents, liens de cuir.
- Donation Jean Masson à l’École des Beaux-Arts, 1925.